Les preuves scientifiques telles que les rapports du GIEC s’accumulent sur le changement climatique et ses risques probables. Le rapport réalisé par Nicholas Stern, ancien vice-Président de la Banque Mondiale, nous explique les enjeux économiques du réchauffement climatique. Les effets, sur les changements futurs du climat, des actions que nous réalisons aujourd’hui se feront sentir à retardement. Ainsi ces actions n’auront qu’un effet limité sur le climat au cours des années à venir. En revanche, ce que nous ferons dans les 20 prochaines années pourrait avoir un effet important sur le climat dans la seconde moitié de ce siècle.

Les arguments scientifiques

Les preuves scientifiques semblent indiquer que toute inaction (« business as usual ») face aux émissions entraînerait des risques croissants d’effets graves et irréversibles dus au changement climatique. En effet, on peut déjà constater que le niveau actuel de gaz à effet de serre dans l’atmosphère a augmenté d’un facteur 1,5 depuis la révolution industrielle (430 ppm CO2 / 280 ppm CO2). Cette augmentation implique une augmentation irréversible de la température à cause du phénomène d’effet de serre. De plus, le changement climatique menace les éléments de base de la vie (l’accès à l’eau, la production de vivres, la santé, l’utilisation des sols, l’environnement pour des millions de personnes).

 

Les prévisions économiques

L’inégalité des conséquences économiques dans le monde

Les effets du changement climatique ne seront pas également répartis. En effet, ce sont les pays et les populations les plus pauvres qui seront les premiers et les plus durement touchés. On peut considérer que le changement climatique est une menace sérieuse pour le monde en développement et un obstacle majeur à la réduction de la pauvreté. Cette menace a plusieurs facteurs. Pour commencer, les régions en développement sont désavantagées d’un point de vue géographique car elles sont plus chaudes que les régions développées et elles subissent de surcroît une forte variabilité du niveau des précipitations. De plus, les pays en développement sont énormément dépendants de l’agriculture.

 

Les conséquences sur l’économie mondiale

Les coûts accrus des dommages dus à des phénomènes climatiques extrêmes (tempêtes violentes, ouragans, typhons, inondations, sècheresses et vagues de chaleur) pourraient atteindre 0,5 à 1% du PIB mondial par an d’ici le milieu du siècle et ils continueront à augmenter si le monde continue à se réchauffer. A des températures plus élevées, les économies des pays industrialisés courent un risque plus grand de chocs de grande envergure avec par exemple les coûts accrus des phénomènes climatiques extrêmes qui pourraient affecter les marchés financiers mondiaux au travers de coûts d’assurance plus élevés et plus volatiles.

On estime que les coûts augmentent considérablement à mesure que les efforts d’atténuation deviennent plus ambitieux ou soudains. Les efforts visant à réduire les émissions rapidement pourraient s’avérer très coûteux. C’est pourquoi on peut estimer que tout retard aura un coût exorbitant. Toute absence d’engagement face au changement climatique rendrait nécessaire d’accepter à la fois un plus grand changement climatique et, à terme, des coûts d’atténuation plus élevés.

 

Les possibilités de croissance

Une croissance continue est possible tout en stabilisant les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère au contraire de ce qui se passe depuis toujours où les émissions ont été poussées par la croissance. Cependant, ce dernier mécanisme sera toujours valable tant que des politiques courageuses ne voient pas le jour. La majeure partie de la hausse des émissions futures viendra des pays en développement en raison de leurs démographies et de la croissance plus rapide de leur PIB ainsi que de la part de plus en plus grande qu’ils occuperont dans les industries demandeuses d’énergie.

Il y a de nouvelles possibilités considérables sur les marchés concernant les énergies. Les marchés pour les produits énergétiques moins carbonés pourraient valoir au moins 500 milliards de dollars US par an d’ici 2050. Au niveau de l’ensemble de l’économie, la politique sur le changement climatique peut être un moyen de pression pour réformer les systèmes énergétiques inefficaces et retirer les subventions énergétiques qui faussent les marchés et pour lesquelles les gouvernements du monde entier dépensent actuellement près de 250 milliards de dollars US par an.

 

Les prévisions politiques

Les politiques mondiales à mettre en place

En choisissant des lignes d’action strictes, il est possible de « décarboniser » les économies développées, tout comme celles en développement. Le secteur de l’électricité dans le monde entier devra être décarbonisé d’au moins 60% pour se stabiliser à 550 ppm éq. CO2 ou en dessous (ce seuil correspond à une augmentation de température de 3°C et il s’agit du pic maximal souhaité). Il faudra être également vigilant sur les émissions non issues de l’énergie, qui représentent un tiers des émissions totales de gaz à effet de serre.  Par exemple, un nombre important d’indices nous permettent de penser qu’une action destinée à enrayer la déforestation serait relativement peu coûteuse.

La politique visant à réduire les émissions devrait reposer sur trois éléments essentiels : la fixation du prix du carbone, les politiques technologiques et la résolution des obstacles au changement de comportement. Ainsi fixer le prix du carbone, au travers de taxes, du commerce ou d’une réglementation, constitue une base essentielle pour toute politique sur le changement climatique. Pour cela il faudra instaurer un prix du carbone similaire dans le monde entier et utiliser les fonds obtenus pour accélérer l’action dans les pays en développement.

Cependant certains pays en développement adoptent d’ores et déjà des mesures considérables pour séparer leur croissance économique de la hausse des émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, la Chine a adopté des objectifs nationaux très ambitieux pour réduire de 20% dans la période 2006-2010 l’énergie utilisée pour chaque unité de PIB et pour promouvoir l’utilisation de l’énergie renouvelable.

 

La gestion des conflits :

Au niveau des intérêts pour se fournir en eau, l’ampleur du réchauffement climatique pourrait créer de vives tensions et notamment des conflits dans des régions telles que l’Afrique Occidentale, le Bassin du Nil et l’Asie centrale.

 

Pour conclure, le changement climatique est planétaire dans ses causes et dans ses effets. Ainsi une action collective internationale sera cruciale pour encourager une réponse efficace, efficiente et équitable. Cette réponse doit se faire le plus tôt possible afin d’enrayer le réchauffement climatique et de créer une croissance continue. Plus l’initiative de changements des systèmes énergétiques sera prise tard et plus le coût pour l’indemniser et l’atténuer sera conséquent. Enfin si l’on continue à ce rythme la non prise en compte du changement climatique va porter préjudice non seulement à l’environnement mais aussi à la croissance économique.

Lien vers le rapport de Nicholas STERN

www.amoes.com