Plus que la multiplication des tempêtes ou l'apparition de gelées précoces, la répétition des canicules représente la vraie menace pour la forêt. Pour anticiper ce bouleversement, la Société forestière qui gère en France 250 000 hectares de forêts privées pour le compte de grandes institutions bancaires ou de sociétés d'assurances a divisé ses arbres en deux catégories. D'un côté, ceux dont l'espérance de vie ne va pas plus loin que le milieu du siècle. Pour eux, l'intervention se limite à alléger la densité des plantations, pour s'adapter aux moindres réserves des sols en eau, et à programmer des coupes plus précoces. Les pins laricio, par exemple, ne seront plus récoltés à soixante-dix ans mais à cinquante.

De l'autre, tous les arbres qui devront encaisser de plein fouet les coups de chaud estivaux annoncés après 2050. « Là, nous entrons dans une zone d'incertitudes », reconnaît le directeur de la Société forestière. Certaines essences sont d'ores et déjà placées sur la liste des espèces menacées, comme l'épicéa commun, le sapin de Vancouver, le hêtre ou le chêne pédonculé.

« Nos chênes végètent », avec des spécimens aux troncs anormalement étroits pour leur âge. Certains n'ont pas résisté aux sécheresses de la fin des années 1980 puis de 2003 et offrent le spectacle de longs fûts décharnés. Ils seront peu à peu remplacés par des châtaigniers ou des robiniers, deux essences que la Société forestière a retenues dans sa liste des variétés de transition, capables de survivre dans les conditions climatiques prévues après 2050.

Ces espèces, parmi lesquelles se trouvent aussi le tilleul, le cèdre, le pin laricio ou le chêne sessile, seront progressivement confortées ou introduites à Caillebert et ailleurs en France.

La diversification des essences offre pour l'instant la seule parade au changement climatique. Mais les forestiers avancent sur ce terrain avec modestie, car ils ne sont certains que d'une chose : « La nature ne répond jamais comme les hommes pourraient s'y attendre ».