Les chiffres donnant les énergies grises en fonction des matériaux doivent être pris avec des « pincettes » car ils dépendent de beaucoup de paramètres :

  • transport donc lieu d’acheminement,
  • utilisation ou non de matières recyclées (L’aluminium issu d’un recyclage contient moins de 10% de l’énergie grise de l’aluminium sidérurgique),
  • durabilité (fonction de son utilisation, de son entretien ou encore de son environnement)

Il existe une variabilité des données sur l’énergie grise des matériaux en fonction de la méthodologie de calcul utilisée. Les données sur l’énergie grise de tel ou tel matériau divergent en fonction des sources utilisées. Il faut donc prendre le soin de donner la source avant d’interpréter ou de justifier des impacts énergétiques.

L’évaluation de l’énergie grise d’un système quel qu’il soit nécessite l’élaboration d’un périmètre qui fixe un champ d’utilisation et une frontière au domaine d’élaboration du/des produit(s), et dans lequel sont rassemblés différents sous-systèmes reliés entre eux par une chaîne de filière permettant d’aboutir à la production de produits finis.

Lorsqu’un appareil fonctionne, frigo ou machine à laver par exemple, il consomme du courant électrique. Entre un bon appareil et un mauvais, la consommation peut être 4 à 6 fois plus grande pour une même prestation ! Se renseigner reste toutefois souvent difficile, des labels peuvent vous aider dans vos choix. De nombreux appareils consomment même lorsqu’on ne les utilise pas. Ils sont en mode «attente», leur alimentation est sous tension. Il en résulte un grand gaspillage d’énergie car cette consommation est continue. Ce défaut pourrait être éliminé ou largement diminué moyennant un surcoût dérisoire via les industriels, à ce jour la seule solution pour éviter ce gaspillage est d’utiliser des multiprises avec interrupteur. Dans certains cas, un niveau d’énergie grise élevé peut être justifié s’il contribue à une consommation d’énergie d’usage plus faible. Si l’on reprend le frigo, nécessitant en moyenne 835 kWh pour être produit, on constate que, comparé à une consommation de frigo moderne de classe A+, cela représente l’énergie de quatre ans de fonctionnement. Mais ces 835 kWh seront plus rapidement rentabilisés si vous comparez ce montant à la consommation d’un frigo plus ancien.

Par exemple, on pourrait comparer 3 matériaux différents dont les caractéristiques sont les suivantes :

 

 

Energie consommée (MJ)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les hypothèses sont les suivantes :

  • Les matériaux 1, 2 et 3 ont le même usage
  • Nous souhaitons utiliser le matériau pendant 20 ans ce qui implique l’achat de plusieurs matériaux identiques si la durée de vie de ce dernier est inférieure.
  • La prise en compte de l’énergie nécessaire au recyclage ou au traitement d’un matériau est de 200 MJ. Cette dépense énergétique est multipliée par le nombre de matériaux nécessaire au cours de ces 20 ans.

Le matériau 3 dont la durée de vie est de 20 ans, nécessite la consommation de 8000 MJ + 200 MJ (recyclage) soit 8200 MJ sur 20 ans.

Le matériau 2 dont la durée de vie est de 10 ans, nécessite la consommation de 2x6000 MJ + 2x200 MJ soit 12400 MJ sur 20 ans.

Le matériau 1 dont la durée de vie est de 5 ans, nécessite la consommation de 4x4500 MJ + 4x200 MJ soit 18800 MJ sur 20 ans.

Bien que le matériau 3 est une énergie grise deux fois plus importante que les deux autres (élaboration peut-être plus complexe), la consommation énergétique qui découle de sa création, de son utilisation et de son recyclage est plus de deux fois moins importante que celle du matériau 1. De la même façon, on constate que bien que l’énergie grise des matériaux 1 et 2 soient identiques, la consommation totale du matériau 1 qui doit être renouvelé deux fois plus souvent que le matériau 2, finit par être un tiers fois plus élevée au bout de 20 ans.

Cet exemple nous permet de constater que la durée de vie d’un matériau est primordiale dans l’analyse de son impact énergétique. Cette analyse pourrait être assimilée à une analyse financière. En effet, le calcul d’un budget doit prendre en compte les coûts initiaux des produits mais pas seulement. Il faut étudier les coûts d’utilisation, de maintenance et de renouvellement du produit tout au long de son besoin pour connaitre les dépenses totales qu’il incombe. Il est donc indispensable de raisonner en coût global financier et énergétique.

Comme consommateur, nous avons le choix et une responsabilité d’un point de vue énergétique.

Il existe de nombreux moyens d’économiser cette énergie grise, en voici quelques principes de base :

  • Le recyclage a ses avantages et conserver, transformer, échanger, ressusciter un vieil objet est l’une des solutions. Chaque objet a droit à une deuxième chance, une deuxième vie et c’est une économie importante d’énergie grise.
  • Eviter les produits venant de loin. Leur énergie cachée ou grise due au transport est importante, aussi pourquoi ne pas consommer des produits locaux ? C’est tellement plus simple et frais. Choisir la qualité, miser sur la durabilité est non seulement un avantage économique mais de plus écologique.
  • Eviter les emballages sophistiqués immanquablement même s’ils sont plus attractifs. Ils finissent à la poubelle et consomment de l’énergie grise abusivement et inutilement.